Le chant, un médicament ?

Quel rôle ont les chansons dans nos vies, sinon celui de baume pour le cœur affaibli ? C’est en me renseignant sur les huiles essentielles et leur principe de diffusion que cette évidence m’a sauté aux yeux. Toute la musique augmente notre vitalité. La chanson qui circule de voix en voix s’habille de musique ET de paroles. Elle est un véritable un concentré vibratoire. À diffuser. Diluer. Elle fait gonfler notre cœur et illumine notre mémoire de cet essentiel que les musiciens savent faire chatoyer à nos oreilles. Elle guérit et soigne préventivement. Dans cet article je vais parler de ce qui donne corps à cet onguent de bien-être, le baume pour le cœur qu’est la chanson.

La chanson qui guérit en se diffusant

Sans les interprètes qui se laissent habiter par des ritournelles pour en faire des œuvres universelles, la chanson n’existerait pas. Elle n’existe pas non plus sans nous, les auditeurs. Sans vous. Ce sont d’abord des mots écrits pour un chanteur, un transmetteur. Les mots d’une chanson diffusée par les ondes, les réseaux sociaux, appartiennent à tous. Mais comment la chanson, ce format de trois minutes de temps dicté par la taille du micro-sillon, arrive-t-elle à nous secouer le cœur ? Comme si nous étions le prunier qui donnait sa récolte de larmes et de passion ? Comme à un arbre pour en faire tomber les fruits, l’écoute de certaines chansons nous secoue et les passions trop mûres tombent à terre. Des émotions que vous n’aviez pas encore exprimées, des mémoires que vous n’aviez pas considérées, des questions que vous n’aviez jamais osé vous poser : Ta…Dadam ! Ces fruits de l’écoute, poussés par la brise anodine d’un air tout simple qui a touché une fibre de votre cœur, tombent et s’écrasent au sol. La tempête. Pourtant, passé ce coup de tabac, l’arbre que vous êtes se sent plus léger, assaini. Vous vous sentez mieux, aucune de vos branches n’est cassée. La chanson joue son office de guérison préventive.  

Comment ? Le Geste Musical

Revenons à l’huile essentielle. C’est un produit naturel, qui vient des plantes, mais qui a été privé de sa partie aqueuse : son eau. Seule l’huile est restée. Pour profiter de ses bienfaits, il faut donc la diffuser, c’est-à-dire la déconcentrer. Idem dans la musique. La chanson est un concentré de musique et d’expressivité. Son eau retrouvée est à pêcher dans la composition et l’interprétation des instrumentistes et du chanteur, tous au service d’une intention. Et pour avis, en voici les ingrédients divers :

  1. texte ;
  2. mélodie ;
  3. rythme ;
  4. geste expressif qui convoque l’émotion ;
  5. tempo qui, s’il varie d’un poil -quelques battements par minute- peut nous faire changer de constellation (penser à l’astronomie et aux variations qu’un seul degré d’écart peut provoquer sur l’ensemble d’une destinée) ;
  6. composition, arrangement musical ;
  7. geste musical global qui fait jouer les relations entre tous les interprètes de cette partition ;
  8. l’écoute des auditeurs.

Arranger une Mélodie, qu’est-ce que c’est ?

L’arrangement musical permet d’aider cette diffusion à opérer car il structure et étage une mélodie. Il l’architecture. Son écoute en sera facilitée. L’important est de toujours renouveler chez l’auditeur le geste de l’attention auditive. Celui qui n’entend dans la chanson qu’une rengaine trop de fois rabâchée ferme ses oreilles. Or, ce sont in fine nos oreilles qui déconcentrent la chanson. Amenant décontraction et non distraction. La concentration reste de mise. Tant qu’ils continuent à nous surprendre, les sons, les notes et les mots de ces refrains et couplets s’invitent dans nos cœurs qui s’ouvrent alors dans l’ordre prévu par la musique. Dès que notre cœur est touché, il retient la ritournelle. Elle l’inspire. Il l’aspire. Il s’en imprègne. Cet air anodin diffusé par les ondes vient infuser comme le thé nos tasses pleines à craquer d’émotions. Puis l’air et ses quelques notes se reconcentrent quelque part dans nos mémoires. Alchimie musicale : dès que l’air est retenu, la chanson imprègne le cœur tel un baume salvateur, se fait onguent, libère les tensions. Puis elle reste en catimini quelque part pour resservir plus tard. Qui sait ?

Se Détendre et libérer les émotions

Une diffusion douce et bienfaisante en musique !

Une bougie et sa flamme sont trop concentrées pour porter de la chaleur. Si nous sommes trop proches elle nous brûle. Si nous sommes trop loin on ne sent rien. Parfois, certaines émotions sont si intenses qu’elles peuvent nous bloquer ou nous faire fuir. Nous souhaitons les ressentir, mais seulement à doses homéopathiques. De même, certaines questions que l’on se pose sont si emmêlées de préjugés ou de traumas que l’on n’arrive même plus à se les exprimer ou à les voir. Dans ce cas, la douceur est permise. Elle est nécessaire. La musique dans la chanson mêle les mots et les idées avec la tendresse propre à créer cet espace cotonneux et bienfaisant dont nous avons besoin. La douceur de la musique, la façon dont elle se diffuse nous comble d’un sentiment de réjouissance et d’apaisement profond. Un peu comme en sophrologie. Cette douceur ressemble à celle de l’huile. Si elle ne trouve aucune porte ouverte, elle glisse et ne fait aucun mal. D’un autre côté, si elle se diffuse pleinement, sa puissance est potentiellement infinie.

La déconcentration des émotions

Je n’évoque pas ici la distraction, le divertissement, qui semble associé pourtant de manière indélébile à la chanson. Je parle d’un principe physique et chimique de dilution d’une concentration dans un plus grand espace. Dans une huile essentielle, on ne prélève que quelques gouttes. Celles-ci émettent leur arôme en se répandant dans un espace plus grand. La diffusion permet de garder l’essence du message, malgré la dilution, pour qu’il se mette à infuser en nous sans avoir rien perdu de sa puissance.

Comment agit le Son ? Diffuser, laisser Infuser et se Décontracter

Ainsi, dans la musique, le son d’une chanson se propage dans l’air et prend eau. L’orchestre et les interprètes lui font retrouver peu à peu tout son “principe aqueux”… jusqu’à nos oreilles, qui retransforment le son en information grâce au liquide de la cochlée. Il en est ainsi de la chanson, ce concentré de sens et d’émotion dont on va saisir seulement ce dont on a besoin. Cette quintessence, via le corps de l’interprète, est déplacée et déposée dans des récipients plus vastes :

  • nos oreilles ;
  • notre cœur ;
  • nos trajectoires sensibles ;
  • l’espace de l’audition.

Le son se diffuse, infuse, décontracte nos corps. Et dans cette détente on s’autorise parfois, grâce à la musique, à libérer quelques émotions oubliées.

Le baume d’une chanson réactive les équilibres du cœur

Les chansons qui empoignent et les chansons douces

Il y a des chansons qui empoignent. Il y a des chansons douces. Ce sont souvent les mêmes. La chanson, en trois minutes de temps, peut nous amener à revivre toute une vie d’émotions. La force et la puissance de certaines paroles, soulignées ou apaisées par les couleurs des instruments d’un orchestre, font oublier le temps. Pour avoir travaillé avec des chanteurs et compositeurs de chansons françaises en tant qu’instrumentiste, pour avoir composé moi-même des arrangements instrumentaux de textes, je peux vous dire que la moindre micro-seconde, dans la rengaine la plus banale, est chargée. L’introduire abruptement dans notre intimité serait comme ouvrir la porte à cet éléphant bien connu pour qu’il entre dans ce non moins célèbre magasin de porcelaine ! C’est par une douceur de chaque instant qu’il faut absolument la transmettre.

Un Concentré Sonore qui reflète notre Vie émotionnelle

La voix du chanteur et celle de l’instrument laissent leur empreinte, vous glissent une émotion dans le creux de l’oreille. Allez-vous la retenir ? Le fil de l’interprétation est lourd d’une infinité de choix et de sensations :

  • respiration ;
  • moment où le mot chavire ;
  • temps de décalage ou de calage rythmique ;
  • timbre qui s’éclaircit ou s’assombrit d’un instant à l’autre, traversant ainsi tous les âges de la vie en quelques secondes ;
  • tempo ;
  • art de l’enveloppement harmonique et instrumental.

Tant d’éléments sont présents sur la palette pour créer à neuf des émotions ou les réveiller chez ceux qui les écoutent. Ils nous renvoient au temps où nous jouions de la musique sans le savoir, sans instrument. Ils s’allient pour créer un microcosme où la plus petite perle des divers ingrédients dont la musique est composée s’enflamme et se déverse dans le fil vivant de la chanson.

Nolwenn Leroy, une interprète qui partage la scène avec Camille Thomas

La chanson est du baume pour le cœur car elle réconcilie chant et verbe, mélodie et idées, danse du corps et de l’esprit. Paroles et Musique. Deux mondes se rencontrent pour y fusionner. Pour vous faire une confidence, j’ai écouté et regardé, en préparant cet article, une vidéo où Nolwenn Leroy chante une ballade de Francis Cabrel, “Je t’aimais, je t’aime et je t’aimerai”. Une chanson que Cabrel a interprétée avec grand art, avec grande tendresse, et grande humilité. Le bonheur que j’ai vécu à écouter l’interprétation de Nolwenn Leroy vient d’une belle idée de la chaîne qui a produit cette vidéo. À côté de Nolwenn Leroy, à l’avant-scène, trône Camille Thomas, star rayonnante de la musique classique. Au chevet de son violoncelle, elle joue avec tant d’amour à partager ! Le violoncelle de Camille Thomas, le chant de Nolwenn Leroy. Cette complémentarité affichée des discours musicaux et vocaux est très inhabituelle dans la mise en scène de la chanson française. C’est bien dommage. Elle a beaucoup de sens.

Nolwenn Leroy et Camille Thomas : deux artistes en harmonie

Un remède distillé à neuf pour un air bien connu

Sentir peu à peu cette chanson que je connais par cœur se répandre goutte à goutte dans le temps grâce au timbre puissant et saisissant de Nolwenn Leroy a été ma première expérience. Puis j’ai ressenti une émotion sans que je m’en aperçoive arriver comme une vague. Cette vague a grossi de plus en plus jusqu’à devenir houle et me faire pleurer sans perdre de sa douceur. Ce qui m’a invitée à écrire cet article. J’estime que le violoncelle chaud et extrêmement doux de Camille Tomas en est responsable pour une grande part. Mais pas seulement.

Douceur et puissance des chansons, la recette secrète du baume au cœur

L’orchestre sonne et son talentueux chef accompagne en sourdine ce duo de femmes artistes et musiciennes, dans l’arrangement produit pour l’orchestre. Le violoncelle de Camille Thomas véhicule tant de puissance et de douceur qu’il a élevé cette chanson à un autre niveau. À ce niveau, paroles et musique s’enveloppent les unes et l’autre dans un ballet où l’émotion finit par tout épouser. Paroles et musique se concilient dans une chanson qui apporte du baume au cœur ; il diffuse une nouvelle harmonie. Cette version n’a plus rien à voir avec la version de Francis Cabrel. Je ne la reconnais plus. Ici, aujourd’hui, plus rien d’irréconciliable ne semble exister. Comme si tout était lavé.

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